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Vélo-Viet
Le transport collectif et la bicyclette au Vietnam

"Bicycle Bob" Silverman a séjourné six semaines au Vietnam, à la fin de I'hiver dernier. Dans notre édition precédente, notre amoureux du Vietnam nous decrivait la situation sociopolitique d'apres-guerre dans ce petit pays en mutation. Cette fois-ci "Bob Xedap Silverman" aborde la question du transport collectif et de la bicyclette au Vietnam.

Entrevue par Katie Curtin


Le Vietnam est-il un lieu privilégié pour faire de la bicyclette?

Quand I'avion a atterri à Saïgon, j'arrivais pour la première fois de ma vie dans une ville où j'ai pu faire de la bicyclette en loute quiétude. Ça valait le coût du voyage et les 27 heures de vol pour y arriver. Ici à Montréal et dans les autres villes occidentales, les autos sont omniprésentes. Là-bas dans les villes vietnamiennes, presque tout I'espace dans la rue est occupé par les bicyclettes et les cyclomoteurs. II n'y a presque pas d'autos. Après une journée, j'ai acheté une bicyclette pour 20 $ et j'ai parcouru Saigon. Cette ville de trois millions d'habitants est fantastique. Avec un climat tropical et des surfaces planes, on peut y faire de la bicyclette en loute sécurité. C'etait mon plus grand plaisir. Du point de vue de l'espace, à cause de son petit format, la bicyclette se retrouve en grand nombre tout en utilisant une petite superficie dans les rues. En comparaison, quand une auto arrive, c'est ridicule de constater son abus d'espace. Quanl aux cyclomoteurs, ils roulent un peu plus vite que les bicyclettes, surtout le soir. Aussi ils sont plus adaptés au transport de passagers ou d'objets.

On peut identifier les gens les plus pauvres dans la rue parce qu'ils voyagent souvent à deux sur une même bicyclette. Toutes munies d'un porte-bagages, cet emplacement est alors utilisé pour transporter le deuxième passager. Ça signifie que la famille ne peut pas se procurer plus d'une bicyciette.


Quel genre de bicyclette retrouve-t-on au Vietnam?

Presque toutes les bicyclettes sont des modèles pour femmes, a une vitesse. Elles sont fabriqués au Vietnamavec des pièces en provenance de Taiwan, de Chine, du Japon et de la Thaïlande. Point de vue sécurité, on peut acheter en option un cadenas qul s'incorpore au cadre de la bicyclette, immobilisant la roue arrière. Une bicyclette au Vietnam coûte 40,000 dongs, soit l'équivalent du salaire d'un employé d'Etat pout trois mois.


Comment est organisé le système de transport collectif?

Le transport collectif est composé d'autobus qui sont souvent occupés par de vieilles dames et des enfants. Ces autobus prennent beaucoup d'espace dans les villes. Ils doivent circuler prudemment car ils sont coincés par les vélos qui eux sont plus rapides. Les autobus sont souvent en retard, surtout à I'heure de pointe et pour se rendre à la campagne. Il y a aussi des taxis collectifs qui peuvent transporter huit personnes avec des trajets bien définis. Tous ces transporteur sont équipés sur leur toit de porte-bagages pour bicyclettes.

Mais la plus grande partie de la population à Saigon et a Hanoi roule à bicyclette ou en cyclomoteur. À Saigon où j'ai fait le plus de vélo, il y avait environ sept bicyclettes pour trois cyclomoteur et très peu d'autos. À Hanoi, il y avait approximativement neuf bicyclettes pour un cyclomoteur.


Y a-t-il des aménagements cyclistes?

Dans tous les lieux de travail et les écoles il y a du stationnement pour bicyclettes avec surveillants. Parfois les stationnements sont partagés entre vélos et cyclomoteurs. Toutefois les motocyclistes doivent payer un tarif plus élevé. À mon hôtel, le "Doc Lap", il y avait un stationnement gratuil pour les invités et les employés. À d'autres endroits, marchés, cinémas, etc., on doit payer 5 sous pour une place de stationnement. Le surveillant vous remet un billet numéroté et inscrit ce numéro avec une craie sur le siège de votre bicyclette.


Est-ce qu'il y a des problèmes de sécurité pour les cyclistes?

L'éclairage dans les rues est déficient. Les lampadaires sont situés surtout au centre-ville. Malgré la noirceur, les cyclistes envahissent les rues. Ils semblent avoir de très bons yeux. Moi, j'avais peur. Quand j'ai osé rouler à bicyclelte le soir, c'était par temps de pleine lune. J'ai demandé à une personne s'il y avait beaucoup d'accidents. Elle m'a dit que non, sauf pendant la fête de Tet. À I'occasion de la nouvelie année vietnamienne tout le monde s'enivre; cyclistes, motocyclistes et automobilistes. J'ai moi-même été victime d'un accident le troisième jour de la fête. Je me promenais après le coucher du soleil et subitement j'ai été frappé au genou par une bicyclette. Quelle honte! Mais le fautif m'a dit "je m'excuse" cinq fois en vietnamien. Et ensuite il m'a avoué qu'il avait bu. Imaginez: "Bicycle Bob frappé par un cycliste saoul à Saïgon!" On ne retrouve pas de feux de circulation à toules les intersections bien que la nuit et à l'heure de pointe, ils fonctionnent en plus grand nombre que durant la journée. Aux intersections où il n'y a pas de feux de circulalion, les bicyclettes et les cyclomoteurs se mélangent comme du spaghetti. À mon grand étonnement et à ma satisfaction, je n'ai vu aucun accident à ces intersections, même la nuit. Malheureusement très peu de bicyclettes sont équipées de phares même si tous les cyclomoteurs en possèdent. J'ai vu beaucoup de bicyclettes sans phare ou autre équipement de sécurité.


Est-ce qu'on prend des mesures pour améliorer la situation?

Oui, toutes les nouvelles bicyclettes vendues maintenant sont équipées de phares, klaxons et miroirs. J'ai eu l'occasion d'observer ce changement entre mon arrivée au Vietnam et mon départ de Montréal. Quand il y aura plus de ressources énergétiques, je souhaites que le gouvernement prenne des mesures pour améliorer l'éclairage des rues. Il y a besoin d'augmenter le nombre des feux de circulation aux intersections pendant la nuit et il me semble que les coût additionnels ne serait pas élevés.

On dit au Canada que les cyclistes ne respectent pas la loi, mais au Vietnam c'est le contraire. Tout le monde observe les feux de circulation. Seules quelques personnes roulent dans le mauvais sens. Il y a un espèce de consensus social. Tous roulent à une vitesse modérée, surtout le soir. Les gens font de la bicyclette pendant des années, ça devient une seconde nature.


Quel type de comparaison faites-vous entre la situation des cyclistes au Vietnam et celles des autres pays?

Le droit de faire de la bicyclette en toute quiétude est un droit qui est nié à Montréal. C'est également le cas à New York, Paris, Londres, mais pas au Vietnam. C'est important pace que des gens meurent chaque jour à cause de l'auto: 50,000 morts chaque jour aux États-Unis. Au Vietnam ils ont le droit d'utiliser le vélo au maximum. Ça rend la vie plus joyeuses. J'étais dans la circulation, je voyais les gens sourire, même à l'heure de pointe. Il y avait un calme, pas de stress, un aspect paisible dans les rues, avec des bicyclettes d'un trottoir à l'autre. Imaginez: très peu de pollution et de bruits. Particulièrement à Hanoï, c'était absolument magnifique. Il n'y avait pour ainsi dire pas d'auto. J'ai vue des boulevard où ne roulaient que des bicyclettes et où des panneaux de circulation interdisaient les cyclomoteurs et les autos.

Le droit de faire de la bicyclettes en sécurité et avec plaisir est un droit civique important. C'est à Saïgon et à Hanoï que pour la première fois j'ai eu ce droit. Faire de la bicyclette au Vietnam était un plaisir intense et sensuel, dont je vais toujours me souvenir.


A Di-Da Phat Vietnam


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Publié dans Le monde à Bicyclette, édition été 1988.

Par Robert Silverman.


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